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Les procès de 1953 et 1983

Le 12 janvier 1953 s’ouvre, devant le tribunal militaire des forces armées de Bordeaux, le procès d’Oradour. Mais les chefs n’y comparaissent pas : l’extradition du général LAMMERDING, commandant la division SS Das Reich, a été refusée par l’Allemagne ; le capitaine KAHN, auteur direct du massacre, a disparu avec sa famille. Seuls des exécutants sont donc jugés.

Sur soixante-cinq accusés, vingt-et-un comparaissent, dont quatorze Français, tous Alsaciens (un sergent volontaire et treize incorporés de force). Neuf d’entre eux avaient 18 ans en 1944. Il y a seulement sept Allemands, dont un seul sous-officier.

La présence d’une majorité d’accusés alsaciens déconcerte l’opinion. Elle est le point de départ d’une grave cassure entre l’Alsace-Lorraine et le Limousin. Pour essayer de répondre à ce drame de la mémoire et aux passions déchaînées, l’Assemblée nationale et le Conseil de la République votent, le 29 janvier 1953, un texte modifiant la loi du 15 septembre 1948 créant la notion de responsabilité collective pour les membres d’associations criminelles (dont la S.S.). Les accusés alsaciens ne sont pas ainsi poursuivis comme criminels de guerre mais comme criminels de droit commun.

Le jeudi 12 février 1953, le tribunal rend son verdict.

Sur les sept Allemands, le sous-officier est condamné à mort, cinq soldats à des peines de prison ou de travaux forcés, et le dernier est acquitté. Quarante-deux Allemands jugés, en même temps, par contumace sont condamnés à mort, dont le général LAMMERDING. Aucune de ces peines ne sera jamais purgée. Parmi les accusés français, seul le sergent volontaire est condamné à la peine de mort. Neuf soldats sont condamnés à des peines de travaux forcés et quatre à la prison, aucune des peines n’excédant 8 ans.

Les réactions sont vives. Certains jugent le châtiment insuffisant, d’autres – et notamment les Alsaciens – estiment au contraire qu’il est de leur devoir de défendre les victimes de l’incorporation de force.

Saisi d’une demande d’amnistie, le Gouvernement la fait passer en urgence et le texte est voté par les deux Assemblées. Le 21 février, jour de la publication de la loi d’amnistie, les Alsaciens quittent la prison militaire de Bordeaux, en même temps que cinq des sept Allemands dont la peine est inférieure à 8 ans de détention préventive. En septembre 1954, les deux condamnés à mort voient leur peine commuée en travaux forcés.

Après avoir échappé pendant de longues années à la justice, le sous-lieutenant BARTH, instructeur affecté à la division SS Das Reich, est arrêté en 1981 en R.D.A. Après une longue instruction, le jugement est prononcé en juin 1983 et le condamne à la prison à vie. Remis en liberté en juillet 1997, il est mort en 2007